INEDIT. Khalwa ou khalwet essghir, cérémonie ancestrale bônoise jamais révélée nulle part avant moi, le premier bain au hammam de l'enfant bônois ne dépassant pas les 2 ans, fille ou garçon, lorsque la famille est aisée , elle procède à cette coutume exceptionnelle, qui est de donner une cérémonie à l'occasion du premier bain ( khalwa ) de l'enfant chéri .
L'enfant ne doit pas avoir plus de 2 à 3 ans maximum, car de toute façon, le garçon âgé de 5 ans n'est pas accepté par les propriétaires des bain maures. La khalwa est strictement réservée aux tous petits presque des nourrissons et survient généralement quelques temps après leur première sortie à sidi Khlaïf et non à des garçons et des filles qui vont à l'école ou à la maternelle.
Il faut dire que l'enfant bônois ne quitte jamais la maison après sa naissance qu'une fois présenté au Saint de la vieille ville, c'est un rituel connu uniquement des anciens de Bône.
La fillette également, bien qu'acceptée au bain maure, elle doit être très jeune, au delà de 4 ans, elle n'aura plus l'âge ni le droit établi par nos ancêtres à une khalwa.
Dans le langage ancestral, on vous dira (ay sbiya, wejha bdet fih ennadra)
Le but de cette cérémonie du bain du petit enfant bônois vient après sa sortie pour la première fois de la maison et sa présentation à sidi Khlaïf pour une rituel établi aussi par nos ancêtres afin d'espérer la protection du Saint.
Cette cérémonie du bain de l'enfant au hammam est une tradition typique et exclusive à la ville de Bône d'antan et n'est pratiquée que par les familles les plus aisées.
Je vais vous narrer une cérémonie d'antan très rare; méconnue, tous les bônois n'y ont pas accès car onéreuse. Je relate ici mon vécu avec frères, sœurs, cousines et cousins paternels, on est tous passé par là et je vous narre le premier bain de mon petit frère au hammam , j'avais 6 ans et je m'en souviens comme si c'était hier, pour la nôtre on était petites ma sœur et moi, donc .....
Ce jour là, j'étais habillée d'une robe courte en satin moiré bleu turquoise (mawja), gants, socquettes et rubans blancs. C'est un souvenir d'enfant qui m'a marqué car j'avais peur pour mon frère qui n'aimait pas l'eau qui ruisselait sur son visage et se mettait à crier !!! Mais ça n'a pas été le cas ce jour là, maman a vite fait de le sortir du bain ( bayt skhoun) !!!
L'enfant bônois est un enfant roi, le garçon en particulier est très choyé, certaines familles qui n'ont pas de garçon et lorsqu'il y a une naissance de garçon, tout est pour lui, pour le protéger de la mauvaise augure et du mauvais œil, on lui faisait porter une petite boucle d'oreille ( petite 3ayecha mcharef ) qu'ils ne bouclaient pas et attendent avec impatience qu'elle se perde, pour eux c'est signe d'éloignement de tout mauvais sort du garçonnet !!!
Un café est offert aux invités avec un assortiment de gâteaux et de rouh el laouz, crème d'amandes fraîches ( recette à venir ), des boissons
Bien sûr qu'il prend son bain à la maison mais pour son premier au hammam, une cérémonie est organisée en son honneur.
Pour sa première sortie à l'extérieur de la maison, le petit enfant bônois fait sa toute première sortie encore bébé pour le mettre sous la protection du saint de la ville ( sidi khlaïf ) avant toute sortie ailleurs.
Les superstitions prenaient une grande place dans le quotidien de nos aînés...
Je désigne par le mot bônois, les autochtones , les authentiques citadins (beldias) ou anciennes familles de la ville d'Annaba présentes dans la ville de Bône depuis sa fondation vers 1100 avant Jésus Christ par les puniques et les phéniciens qui sont nos ancêtres.
Ces autochtones, authentiques familles bônoises, se distinguent par leur culture particulière et leur histoire des autres régions de l'Algérie et des nouvelles familles implantées récemment dans la ville suite à l'important mouvement rural précipité par la révolution algérienne.
Cette cérémonie reste strictement familiale et conviviale très plaisante et se fait généralement en présence de toute la famille proche et familles par alliance qui assistent sur invitation.
La présence des fkirettes n'est pas nécessaire, même aisées, les familles ne font pas jamais dans l'ostentation. C'est souvent des tantes, des belles mères qui faisaient la fonction de fkirettes, dans toutes les maisons bônoises à quelque chose près, on trouve des bendirs, daffa, piano, darbouka, guitare, un mondole, un violon, les membres de nos familles formaient souvent une troupe pour les réunions familiales conviviales.
Les femmes accompagnaient avec le bendir et tambourin, ces moments de convivialités sont souvent répétés lors des après midi lorsque nos parents se rencontraient pour un café, 3cha en famille et n'étaient pas réservés uniquement pour les cérémonies familiales.
On voit bien les femmes assises par terre sur des matelas, une grande tante, une parente par alliance ( nssiba), une arrière grand-mère qui foement les fkirettes, une belle mère tenue par la belle fille de sa cousine, les jeunes épouses en arrière plan sur des chaises.
Ici c'est ma grande tante, Janette Chaker sœur de mémé Manouba Chaker, celles debout ( dar Gayed laayoune, Badiaa matmati, cousine germaine de grand-père paternel au bendir, Chakroun mère et filles, dont tonton Hamaïda et Slaymène et leur soeur sont cousins germains de grand-père paternel, leurs filles et belles filles sur des chaises.
Les jeunes filles ne sont jamais visibles et restent en arrière plan cachées des regards des éventuelles marieuses pour leurs garçons.
La jeune fille bônoise ne sera visible par sa belle famille et son époux qu'une fois chez eux le jour de son départ de la maison parentale pour la simple raison que les parents de la jeune jeune fille refusent que leur fille soit exposée aux regards et des demandes en mariage qui échouent. Ils vous disent, izezou(scrutent) fi bnetna 3ad yadehrelhom ibatlou baad ma zazouha w qaydouha swa. Loool !
Après midi ou soirée en famille, sans raison juste pour le plaisir. On s'habille, on se fait chic et on profite de la vie.
Lorsque la grand mère ( paternelle ) décide d'organiser cette khalwa, c'est toujours mémé Hnaïfa qui décidait de tout jadis, on préparait le nécessaire pour cette cérémonie, car on offre les repas et collations aux invités qui rappelons le, sont des parents directs et par alliance.
Les invitations faites , on commence à faire les achats pour le café dans le hammam et accompagnement et pour le déjeuner qui se déroule à la maison après le bain!
Grand-mère allait d'abord s'entendre avec la propriétaire du hammam et louait le lieu pour la journée, le bain du petit ou khalwet essghir est public, invitées et non invitées prennent leurs bains au frais de grand mère.
Le matin, on allait au bain maure qui est juste à côté de notre maison de la ville antique ( hammam Bensalem ), les organisatrices arrivaient les premières avec l'enfant entouré de ses proches, vêtu d'un habit traditionnel sous les you you et chansons qui mettent en avant les qualités de l'enfant ( taalila w mdihs des fkirettes ou des parentes ), les fkirettes ( orchestre traditionnel féminin ), ne sont pas toujours sollicitées les invitées commencent à arriver et lorsque tout le monde est là, le petit est installé sur un tapis de hammam confectionné par la famille, d'ailleurs tout le monde apportait le sien, on ne s'asseyait pas directement à même les tapis ou matelas du bain maure.
A la maison restaient les personnes qui s'occuperaient du repas et des préparatifs pour l'accueil des invitées pour le repas .
la maman du petit se met en tenue de hammam ( fouta ) puis déshabille son petit et lui fait porter une gandoura pour garçonnet en satin simple ou brodée de point de croix
Elle prend son enfant et entre dans le bain suivi des invitées, à l'intérieur chacun prend sa place et prend plaisir de ce moment.
La maman donne un bain rapide à l'enfant , fille ou garçon et le sort immédiatement de peur qu'il n’étouffe à cause de la chaleur , la grand mère prend la relève et s'occupe de l'enfant, le sèche soigneusement et le cajole, nous donnait des confiseries qu'elle prenait avec elle spécialement pour nous , paix à son âme ma mémé paternelle qui nous adorait et ne jurait que par nous, enfants de son fils unique.
Il est installé sur le tapis spécial bain sur lequel on pose des coussins, Richelieu, en tissu wabra inexistant , ou velours cousu de fil d'or si la maman en possède un, en général les familles aisées en font pour leurs filles, celle qui a la parure en velours possède aussi celle de wabra pour les petites cérémonies telles que aïd ou autre fête religieuse et familiale pour préserver celui en velours plus précieux.
L'enfant reste ainsi avec ses serviettes ou sa sortie de bain en attendant la maman qui est retournée prendre son bain à l'aise, elle habillera son bébé à sa sortie.
Des oranges sont servies à l'intérieur du bain si c'est l'hiver, sinon on attendait de sortir du bain pour prendre une collation.
Le bain se termine vers 15 h, tout le monde sort et attend de se sécher à l'aise, des boissons sont servies et du café avec des beignets et des makrouds
Les invités finissent de s'habiller et le convoi prend ensuite le chemin de la maison organisatrice où un festin les attend dans les cours en été ou dans les mjeless ( grandes salles ) de la maison en hiver ( assis sur des matelas posés sur des tapis et servis sur des skemlettes ( sorte de tréteaux en bois noble ou mangas ) sur lesquelles sont posés des plateaux en cuivre ( siniyettes n'hass), le repas ou "3cha" est terminé par un autre café avec des makrouds encore servi, puis chacun rentre chez lui.
Manga pluriel manguettes, est une expression typique bônoise, mangua se compose de l'ensemble de la tablée faite de myeds w siniyettes du repas ( 3cha) composé de jari, plat de viande traditionnel, plat de pâtes traditionnelles, marka hlouwa ou chbih essofra selon les moyens de chacun, salade, pain, fruits de saison pour le dessert et boissons (leben et soda généralement pour le repas classique d'autrefois).
Ces manguettes, et par tradition, que se soit assises par terre pour les aînées ou sur des tables pour les plus jeunes rassemblent 4 personnes par manga.
Les objets sont très anciens offerts par nos grands mères à nous et à nos enfants.
Stall, seau pour hammam de fillettes
Okssa, bonnet de bain à pans pour fillette aux points de croix ( bou tléta )Tasset el hammem de maman, pièce de trousseau de mariée( 1950)
Bague fillette bônoise en or massif munie d'un anneau où passe une fine chaîne en or pour passer sur le dos de main et se ferme aux poignées afin d'éviter les pertes. il reste les traces de l'anneau .
Mahbess, cuivre et dinanderie bônoise
Mrach, fibule qui peut contenir du parfum pour asperger en accueillant des invités dès leur arrivée à la porte d'entrée de nos maison lors des fêtes
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